mercredi 9 décembre 2009

Le livre numérique - 1: La fin du libraire

J’inaugure aujourd’hui une réflexion sur le livre numérique qui nécessitera sans doute plusieurs billets. Certes, je ne suis pas un expert en la matière, mais ce phénomène m’interpelle en tant qu’éditeur, écrivain et, surtout, lecteur. Par ailleurs, je suis habité par la conviction profonde que l’avènement du livre numérique est inévitable et qu’il mettra fin au libraire tel qu’on le connaît depuis l’invention de l’imprimerie par Gutenberg. Une amie à moi, qui exerce justement le métier de libraire, me disait récemment que d’ici à ce que le livre numérique se répande au Québec, voire en occident, elle aurait le temps de prendre sa retraite deux fois plutôt qu’une. Cette amie a tort. Déjà, la littérature scientifique n’a plus besoin du support papier pour sa diffusion. Je n’ai qu’à parcourir les travaux de mes élèves pour me rendre compte que les trois quarts de leurs sources sont numériques (sites Web ou fichiers PDF). Qu’en est-il de la littérature? Si le roman a encore de beaux jours devant lui, ce n’est déjà plus le cas de la poésie qui peut très bien subsister uniquement sous forme numérique. Ah la poésie, la poésie…

Depuis la fondation d’écouter lire penser, je constate à quel point le Web constitue un excellent véhicule pour cette forme d’expression littéraire. Au bureau ou à la maison, il est aisé de s’accorder quelques minutes pour lire un poème de Carole Gagné, de Florence Saillen ou de Paul Laurendeau. Mais il y a encore mieux que le Web. Sur le site d’ebooks gratuits, nous pouvons dès lors accéder à des centaines de recueils de poèmes libres de droit et ce, en différents formats. Aussi est-ce en furetant sur ce site que j’ai découvert le format mobibook, un format qui permet de lire des recueils entiers de poèmes du corpus français (Hugo, Baudelaire, Lamartine, etc.) sur son téléphone 3G (Nokia e71, Iphone, Blackberry, HTC, Samsung, etc). Pour le roman, il vaut peut-être mieux attendre le véritable appareil de lecture des fichiers numériques qui permettra de lire des textes longs sans fatiguer nos yeux. Mais, en ce qui me concerne, pour la poésie, c’est déjà une révolution de lire un poème dans le bus à partir de mon smartphone


Mon amie libraire devrait comprendre que ces recueils de poèmes, chez elle, ne se vendront plus… En effet, à quoi bon acheter une édition de poche des Feuilles d’automne de Victor Hugo quand on peut l’obtenir gratuitement et le lire sur son téléphone? Et quand le ebook aura trouvé une norme commune, ce qui ne saurait tarder, alors mon amie pourra prendre sa retraite beaucoup plus tôt qu’elle ne l’avait prévu...


Qu’on le veuille ou non, les technologies façonnent nos vies. Comme l'eau du torrent charrie les détritus des terres environnantes, elles entraînent dans son sillon tous ceux et celles qui ont la prétention de s’y opposer. La profession de libraire est sur le point de mourir, victime du progrès technologique, et que l’on soit pour ou contre n’y changera rien. Par contre, l’éditeur vivra, lui, et son avenir est radieux.

vendredi 4 décembre 2009

ÉLP: du Salon du livre à la Maison de la culture PAT

Sous l’égide de la Fédération québécoise du loisir littéraire (FQLL), ÉLP éditeur a obtenu une place au Salon du livre de Montréal. En effet, en compagnie de Paul Laurendeau, je me suis prêté au jeu en accueillant le public, quand il daignait se présenter, bien entendu… Vous comprendrez qu’à côté de Marie Laberge, de Michel Tremblay et même de René Angélil qui, à eux seuls, ont dû drainer les deux tiers des visiteurs ce samedi-là, les auteurs d’ÉLP éditeur ne faisaient pas courir les foules. Toutefois, même si elle n’a pas contribué à faire du Bout de l’île et de Poésie d’outre-ville des best-sellers, notre participation à cet événement a permis de faire des rencontres intéressantes et, parfois, fort instructives. J’y reviendrai.
Pour le moment, je vous annonce que Le bout de l’île bénéficiera d'un lancement dans la ville même où se déroule le récit, soit à Pointe-aux-Trembles. En effet, ce samedi 12 décembre entre 14h30 et 16h30, sous l'égide de l'Atelier d'histoire de la Pointe-aux-Trembles, le public pourra se rendre sur place, écouter certains extraits lus par Paul Laurendeau et se procurer le livre. Le lancement aura lieu à la Maison de la culture de Pointe-aux-Trembles, sise au 14001, rue Notre-Dame Est, Montréal (H1A 1T9).
Je vous invite à manifester votre présence : l'équipe d'ÉLP sera là pour vous accueillir.

mercredi 11 novembre 2009

Deux critiques du Bout de l'île

Le bout de l’île, ce roman publié le 30 septembre dernier par ÉLP éditeur, s’est valu deux critiques sur le Web. La première, qui me vient de mon ami et collaborateur Paul Laurendeau, s’intitule Le bout de l’île, mon enfance du temps d’avant les jeux vidéo. On peut la lire sur le blogue de l'auteur: Le carnet d'Ysengrimus. La seconde me vient aussi d’un collaborateur d’ÉLP qui vit à Rennes (France). À l’instar de Paul Laurendeau, il est écrivain et, comme plusieurs d'entre nous, éprouve des difficultés à faire publier son premier roman, une superbe construction métaphysico-gothique qu’on peut lire sur un espace prévu à cet effet. Sa critique du Bout de l’île a été publié, le 10 novembre dernier, sur écouter lire penser, rubrique lectures.

Si la critique de Paul Laurendeau pourrait être qualifiée de complaisante à mon égard (normal après tout, car il s’agit d’un ami de longue date), celle d’Allan Erwan Berger s’avère beaucoup plus spontanée. Bien entendu, il s’agit d’un collaborateur d’écouter lire penser, ce qui atténue de facto son objectivité... Je vous invite tout de même à lire ces deux critiques qui m'ont flatté, chacun à leur manière, dans le sens du poil.

mardi 3 novembre 2009

Une autre lecture

J’ai poursuivi mes lectures de romans québécois, sans que j’arrive à tomber sur une œuvre susceptible d’être partagée sur écouter lire penser. Je vous fais grâce des trois titres que je ne juge même pas d’intérêt à figurer sur ce blogue (pourquoi les a-t-on publiés, alors?) pour m’attarder sur Tuer Lamarre de Simon Girard publié chez Leméac en 2009. Ce petit roman a pour thème la pédophilie, sujet difficile s’il en est. Il est néanmoins écrit dans un style d’une simplicité désarmante, dans une langue de niveau courant, accessible. Bref, voici un petit roman qui se laisse lire tout seul, sans difficulté, malgré la lourdeur de la thématique. Dommage que l’auteur ait cherché à en mettre plein la vue aux lecteurs qui n’en demandaient pas tant, sans doute. Moi, je n’y ai pas cru à cette histoire. Et vous? Je vous encourage néanmoins à le lire, ce petit roman et, surtout, à suivre ce jeune auteur de plus près car, en littérature comme en toute chose, ce qui vient mérite toujours mieux que ce qui est...
Mon ami écrivain dira encore que rien ne vaut la sanction éditoriale… et qu’ÉLP éditeur n’est qu’une entreprise d’auto-édition. Une manière comme une autre de dénigrer les efforts de ceux et celles qui souhaitent créer envers et contre tous.

samedi 17 octobre 2009

Deux romans québécois

Mon ami écrivain qui publie aux Herbes rouges me reproche de ne pas assez lire de romans québécois. Il considère que mon attitude à l’endroit de la littérature d’ici comme une forme de mépris. Contrairement à ce qu’il pense, je lis souvent des romans québécois, mais il est rare que j’en fasse la critique sur écouter lire penser et ce, pour deux raisons : la rubrique lectures d’ÉLP n’a pas pour objet de rendre compte de l’actualité littéraire, mais de partager une lecture qui a marqué, en quelque sorte, le lecteur. C’est pour cette raison qu’on trouve rarement des notes négatives sous cette rubrique. Pour en avoir écrit un, je sais tous les efforts que suppose l’écriture d’un roman. Alors il n’est pas question pour moi de déclarer que j’ai aimé ou que je n’ai pas aimé un livre. Et puis, qu’est-ce qu’on s’en fout de ce que je pense! Pas question non plus de réduire un auteur en miettes sous prétexte que je n’ai pas aimé son œuvre. Non, je renonce à ce genre d’exercices que je laisse à d’autres critiques qui, d’ailleurs, sont déjà suffisamment nombreux dans la blogosphère.

Récemment, j’ai tout de même lu deux romans québécois qui ont été salués par la critique : La sœur de Judith de Lise Tremblay (Boréal 2009) et Cette année s’envole ma jeunesse de Jean-François Beauchemin (Québec-Amérique 2009). Selon mon ami, le premier serait dans la même veine que Le Bout de l’île. En effet, l’auteure raconte la vie quotidienne d’une jeune fille de douze ans au Saguenay à la fin des années 1960. Mais là s’arrête toute comparaison car ni le style ni le point de vue ne sont semblables. Le bout de l’île est pratiquement un roman jeunesse alors que les chroniques de La sœur de Judith s’adressent hors de tout doute aux adultes. Côté style, rien n’a voir non plus. Alors que Le bout de l’île est rédigé dans une langue classique propre au mémorialiste (passé simple), Lise Tremblay emprunte un style plus direct fait de phrases courtes, recourant au présent de l’indicatif et au passé composé. Peu importe, La sœur de Judith est certainement un bon roman, mais il ne m’a pas touché, de sorte que je n’en ai pas terminé la lecture.


Le roman de Jean-François Beauchemin s’avère beaucoup plus dans mes cordes. Il est écrit dans un style fort élégant, fort bien maîtrisé. Et la technique du récit de l’auteur se rapproche davantage à celle des mémorialistes comme Proust, notamment. Dans Cette année s’envole ma jeunesse, Beauchemin raconte le deuil suite à la perte de sa mère. Au départ, je me suis laissé emporter par le propos, ayant moi-même perdu ma mère il n’y a pas si longtemps, ce qui a d’ailleurs fait l’objet d’une nouvelle succincte (Au chevet de ma mère). Au bout de la trentième page, toutefois, j’ai commencé à m’ennuyer, comme si le récit tournait à vide, comme si les mots ne m’atteignaient plus, comme si, enfin, l’auteur n’avait plus rien à raconter… mais s’obstinait à continuer. J’ai donc refermé le livre sans le terminer.


Voilà pour les deux derniers romans québécois que je viens de tenter de lire jusqu’à la fin, et dont je ne parlerai pas sur écouter lire penser. Je vais sûrement lire quelque chose d’autre de Jean-François Beauchemin.
De Lise Tremblay, je ne sais pas.

dimanche 11 octobre 2009

Guy Debord et ses vieux papiers


Connaissez-vous Guy Debord? La Bibliothèque nationale de France, invoquant le «trésor national», a obtenu un sursis de trente mois. Ce délai devrait lui permettre d’accumuler la somme nécessaire à l’achat des archives du père du situationnisme. Sinon, les documents reviennent à l’Université de Yale qui est prête à payer plus de trois millions de dollars canadiens pour les acquérir. Vraiment, qui aurait cru que les carnets de l’auteur de la Société du spectacle valaient autant?

Le 30 novembre 1994, à l’âge de soixante-trois ans, Guy Debord se tue avec une arme à feu dans le confort de son foyer. Dans un de ses films - Hurlements en faveur de Sade - on entendrait cette phrase: «La perfection du suicide réside dans son ambiguïté.» En effet, quoi de plus ambigu que le suicide qui se traduit souvent par un appel à vivre. Mais ce ne fut certes pas le cas de Debord. Dans les trente dernières années de sa vie, il vivait dans la solitude; pessimiste et misanthrope, il ne croyait plus en l’avenir de l’homme, et surtout plus aux idées qui avaient animé sa jeunesse.

Mais cela n’empêche pas qu’une université américaine soit prête à payer trois millions de dollars pour mettre la main sur les vieux papiers d’un homme qui ne croyait plus en rien et qui, sentant la maladie l’envahir, a préféré mourir dans la dignité.

samedi 3 octobre 2009

Le bout de l'île, enfin sorti...

Le bout de l'île, mon premier roman, est enfin sorti des presses d'ÉLP éditeur. Vous pouvez dès lors le commander en vous rendant sur la page que lui consacre l'éditeur ou en l'achetant directement à la librairie Zone Libre dont vous trouverez les coordonnées sur ce même site. N'hésitez pas à lire le premier chapitre du bout de l'île avant d'arrêter votre choix.

Je tiens à exprimer publiquement toute ma gratitude aux quarante personnes qui ont précommandé le livre en signe de soutien à écouter lire penser.

Maintenant, pour l’éditeur comme pour l’auteur, débute tout le processus de promotion du roman, combat titanesque pour une petite maison qui fonctionne – et fonctionnera encore longtemps – sans subvention aucune. Mais j’ai bon espoir que Le bout de l’île fera ses frais, car j’estime qu’il s’agit d’un bon roman. Pas le roman du siècle, bien sûr, mais une fiction à laquelle on prend plaisir. La rédaction du second volume du bout de l’île, qui sera beaucoup moins « fleur bleue » que le premier, est déjà en cours. Le but est de le publier en septembre 2010.